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Accéder à l'espace cinéma
> Durée : 57 min
> Langue : Version originale
> Année : 2009
> Public : Tout public
Tabou
Thomas a 20 ans. A l’âge où d’autres entament à peine leur existence, il a décidé d’en finir avec la vie. Passionné de cinéma, il filme ses derniers mois, se livre face caméra. Un héritage qu’il confiera à son amie de jeunesse, Orane Burri. 10 ans plus tard, devenue cinéaste, elle ose replonger dans les images de Thomas. Pour briser un tabou...

  > Programmation
Ce film n'est actuellement pas à l'affiche
  > Tarification
Plein tarif : 8 €
  > En détail...
Orane Burri Réalisateur
Daniel  Ramirez Conférencier
> Critique
« TABOU », d’Orane Burri, une phénoménologie du suicide.



Dans un texte trop connu, Camus a dit « il n’y a qu’un seul problème philosophique vraiment sérieux : le suicide », lié pour lui à la décision sur le sens ou l’absurde de la vie. Je me suis souvent demandé si quelqu’un comprenait cette affirmation et j’ai souvent pensé que non. En tout cas, la majeure partie des approches du suicide restent psychologiques, sociologiques, psychanalytiques.

Point final posée volontairement par des personnes à leur présence au monde, le suicide, perpétré par des malades ou diminués, souffrants, brisés et sans espoir, qui, ne considérant plus acceptable la poursuite de la vie, renoncent à persévérer dans l’être. Ce qui ne va pas sans poser des questions éthiques et de droit (par ex. la question « à qui appartient la vie ? »). Nous avons eu l’occasion d’en discuter au ciné-philo, avec de films comme « Mar adentro » ou « Les invasions barbares ».

Ce n’est même pas de cela qu’il est question ici.

Car il reste un fond irréductible, rétif à toute raison : il arrive – même souvent – que le suicide soit l’œuvre d’une jeune personne et en bonne santé… là réside peut-être le vrai « tabou ». Le terme d’« absurde » employé par Camus retrouve peut-être, paradoxalement, un sens.

Et lorsque c’est fait en même temps comme message envers les autres, comme un legs – succédané d’une œuvre –, comme seule réalisation possible, nous sommes forcés de constater que la question excède toute explication et redevienne métaphysique. Car tout message pose en même temps une certaine foi dans le sens. Elle redevient ainsi interrogation radicale jetée violemment à la face du monde humain, celui que nous habitions et continuons à considérer vivable et préférable au néant ; ce qui fait de nous tous en quelque sorte des survivants, avec ce que cela comporte de contradictions et parfois de culpabilité.

Ce monde de relations, de présences, ce tissu d’altérités et de contacts, de désirs et d’espoir, s’avère bien fragile… de quoi donc peut-il être si radicalement privé pour que quelqu’un décide de l’abandonner ? Comment cela se passe-t-il ?

Ou bien alors – hypothèse extravagante – vouloir "se tuer" ne serait pas exactement la même chose que vouloir "être mort". C’est ce qui est suggéré par une personne dans ce film. C’est tout l’écart qui va de l’acte au geste, du faire au dire ; mais, en même temps, c’est par ses conséquences peut-être pas voulues, que l’action se fait expressive et que le faire dit.

Qu’est-ce qui est voulu dans tout ça ? Et qu’est-ce qui est dit ?

Nous avons peut-être, par la finesse et par la pudeur de ce travail, qui nous préserve dans la mesure du possible du voyeurisme – ce qui était redoutablement difficile –, la possibilité de pouvoir se tenir en face de ce que le tabou maintient d’ordinaire à l’écart et de pouvoir répondre à la question que nous est normalement ôtée.







Daniel Ramirez

06/12/2009

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