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ASSOCIATION NAVAJO FRANCE
présente « Navajo Songline »

Projection suivie d’un débat en présence des réalisateurs

Initiée depuis 20 ans, à la culture des Indiens Navajo, Lorenza, artiste chanteuse française, nous invite à la rencontre des Diné, "le Peuple", en langue navajo.
Ce film est un voyage initiatique au cœur de la culture et de la philosophie d’une tribu hors du commun.

Le projet se présente comme un road movie. Notre objectif est de faire découvrir de l’intérieur la pensée des Indiens Navajo, le peuple de la terre. Il s’inscrit dans la réalité navajo d’aujourd’hui.
Navajo Songline est un film qui nous emmène à la croisée d’une double réalité : celle des chants, des rituels, et des paysages désertiques et sauvages, et celle de la face obscure faite d’une surexploitation des ressources, d’une lutte pour la reconnaissance et la survie.

Appel à participation :
https://www.generosity.com/community-fundraising/navajo-songline
Site web Navajo France :
https://navajo-france.com/

SOUS LE SIGNE DE HOZO

En avant-première de la projection de son film sur le peuple Native-american des Navajos, interview de la réalisatrice Lorenza Garcia

Serge Mairet : Pourquoi avez-vous choisi de donner à votre film le titre SONGLINE ?

Lorenza Garcia
 : Cela signifie "Sur la piste"... car c’est par le biais de la musique, c’est par le biais de l’art que j’ai p rencontrer ce peuple. Et donc la seule chose qui me permettait de rentrer en contact avec eux ( parce qu’ils m’avaient invité à venir les rencontrer dans la Réserve ), c’est mon travail de musicienne et de plasticienne. C’est pour être plus dans l’authenticité, l’extrême, du cadeau qu’ils m’offraient en venant les rencontrer sur place, c’est par le biais de la musique que je les ai rencontrés, par le biais du chant.

Serge Mairet : Et qu’as-tu découvert sur place, qui appartienne en propre au peuple Navajo ?

Lorenza Garcia : Je me suis rendu compte qu’ils avaient des procédés de "guérison" qui incluaient le chant et les peintures de sable. Le chant et les peintures de sable, pour moi, étaient le lien qui me permettait de comprendre, en tant que plasticienne et musicienne, qu’on pouvait réunir tous ces corps de métier, en fait. En tout cas, eux les réunissaient sous le principe de la guérison alors que nous, dans nos sociétés élitistes sur le plan culturel, nous avons eu tendance à tout séparer... c’est à dire qu’un musicien était musicien avant tout et s’il était plasticien, ce n’était pas forcément sur le plan professionnel. Il fallait choisir une voie, soit la musique, soit l’art pour pouvoir exister dans notre société. Hors eux, non seulement l’idée de l’art à la base n’existe pas ( dans les modes traditionnels ) mais aujourd’hui, c’est un principe qui remet en cause nos modes de pensée car l’on se rend compte que les formules thérapeutiques qui incluent les processus de guérison dans nos sociétés occidentales incluent le chant et l’art visuel !

Serge Mairet : Comment s’est passé cet apprentissage avec les Navajos. Ils vous ont initié à leurs pratiques, je présume ?

Lorenza Garcia : La chance a voulu que lors de mon premier séjour sur place, je passe la moitié de mon temps à participer à leurs cérémonies qui ont duré neuf jours et neuf nuits alors que ce premier séjour aux Etats-Unis a duré quinze jours... Ce fut véritablement pour moi un choc, non seulement sur le plan émotionnel ( car pour eux la notion de rituel était fondamentale ) et donc cela remettait en cause nos propres rituels, c’est à dire qu’elle est la manière avec laquelle le rituel composait mon existence ou incluait mon existence dans ma société dite "occidentale"... En fait, je n’en avais pas, je n’en avais pas du tout ! Par conséquent, ce qui s’est passé, c’est que j’ai eu la chance de pouvoir m’immerger totalement dans cette culture là avec toutes les questions qui me venaient aussi et que je voulais partager avec eux. cela a changé ma vie, mon expression, ma conscience, mon corps. Tout a changé, cela s’est traduit comme un bouleversement intérieur !

Serge Mairet : Et j’imagine que vous avez dû faire des rencontres éminentes au sein de la Réserve Navajo ?

Lorenza Garcia
 : Oui, les grandes personnalités, en tout cas pour eux, ce sont les "Hommes" ou les "Femmes"-Médecine qui ont ont une personnalité spécifique parce que pour eux, avoir de la notoriété, c’est faire en sorte que quelqu’un en demande de guérison ( chez nous on dirait un "patient" ), qu’elle soit physique, spirituelle, qu’elle touche les différents corps, puisse guérir... Et tous les patents qui "guérissent" mettent en oeuvre l’autorité de "L’homme-Médecine" car pour un Homme-Médecine, le but c’est que ses actions, ses activités, ses cérémonies, permettent à un patient de guérir, fondamentale. Donc, il n’y a pas de notion d’addiction, d’obligation à prendre un certain médicament, à la base... Lorsqu’on a guéri, en fait, on honore celui qui nous a guéri ! C’est pourquoi celui qui nous a guéri est quelqu’un d’important.

Serge Mairet : Et à quel moment avez-vous senti qu’il fallait que vous réalisiez un film sur la culture Navajo ?

Lorenza Garcia : En fait, je n’ai pas fait un film "sur" les Navajos. J’ai fait un film "avec" eux ! J’avais enregistré auparavant un album musical en Arizona, en incluant mes inspirations Navajos. J’avais demandé aux Hommes-Médecine s’ils étaient d’accord pour que puisse inclure des connaissances que j’avais obtenues lors de mes différentes initiations. Ils ont souligné qu’il y avait certaines choses que je pouvais dire et d’autres pas... et cela, bien entendu, je l’ai respecté. Cet album, avant qu’il soit édité ici en France et ailleurs, a été présenté là-bas pour savoir si je n’avais pas commis des erreurs, sans le vouloir... C’est un album, avec un livret musical en français et en anglais ( entièrement écrit par moi, tant pour la musique que pour les textes et le but était vraiment de communiquer ici à un large public une expérience qui était la mienne par le biais de la musique ! Ensuite est venu le film parce que nous sommes dans un monde visuel et que le cinéma prend une grande place dans nos sociétés. Le film m’a permis d’agrandir mon éventail e connaissances d’une part, et d’autre part, que je ne parle pas " en leur nom" mais qu’ils puissent," eux," à travers mon histoire, ou à travers l’histoire du film, se présenter tels qu’ils sont aujourd’hui dans nos sociétés contemporaines et puissent manifester "leur" relation au vivant, aux futures générations, au respect de l’harmonie ( de Hozo comme ils disent ) et surtout, qu’elle puisse être jugée à sa juste valeur et reconnue...

Serge Mairet : Comment avez-vous procédé pour réaliser votre film ?

Lorenza Garcia
 : cela vient au départ d’une idée originale que j’ai écrite et que j’ai présentée à Bruno Vienne, un excellent cameraman et réalisateur. Comme nous étions tous les deux sensibles à ce sujet, nous avons donc décidé de le réaliser ensemble parce que Bruno a des connaissances sur le cinéma beaucoup plus importantes que les miennes et donc, je voulais avoir auprès de moi un collaborateur qui pouvait être dans la même sensibilité. Au départ, le but était de présenter mon histoire et puis ensuite de dire : "il est temps de partager les messages qu’ils ont bien voulu me confier !" Et c’est comme cela que tout à coup la porte s’ouvre vers l’histoire de la communauté Navajo, entre le commencement, ce dont pourquoi ils sont arrivés sur terre, et aussi ce dont pourquoi ils existent encore... et à travers la thématique du film Navajo Songline, qui dure une heure quatorze, on rencontre plusieurs personnages qui s’inscrivent dans l’histoire non seulement de leurs ancêtres mais aussi dans le message qu’ils veulent bien partager avec nous et qu’ils nous offrent aujourd’hui...

Serge Mairet : Non, parce que c’est pas tout rose pour eux...

Lorenza garcia : Absolument, c’est pas tout rose mais on parle de choses qui me semblent fondamentales aujourd’hui, comme Hozo. Quoi qu’il arrive, leur message est "Harmonie" : harmoniser les contraires, c’est voir comment on peut faire en sorte que nous sommes faits de paradoxes, parce que nous possédons un libre-arbitre et que la Nature n’a pas de libre-arbitre, qu’elle fonctionne avec l’ordre relié à l’univers, avec le grand tout, avec toutes ces choses que les scientifiques continuent à rechercher. Mais là, disons que là, c’est "la manifestation de l’homme sur terre à travers l’harmonie". Et donc, les Navajos expliquent pourquoi ils sont dans l’harmonie, pourquoi Hozo est fondamental pour eux et l’une des premières choses qu’ils disent, c’est parce que nous sommes juste entourés de quatre montagnes sacrées. Tout d’un coup, on se dit : Ah oui, d’accord ? Quatre montagnes, c’est donc que l’harmonie est en lien avec des choses qui sont reliées avec le vivant, physiques, visuelles, qu’on peut voir autour de nous. Ben oui,, c’est cela ! Après, c’est plus car affinités : le plus, c’est le monde invisible, donc Hozo, c’est vivre dans la manifestation du monde visible et invisible, avec ce que cela veut dire pour eux, parce qu’ils ont une cosmogonie très particulière mais c’est aussi de faire en sorte de maintenir Hozo même dans les moments les plus compliqués et les plus difficiles. Aujourd’hui, cela se traduit par l’extraction de la matière première, non renouvelable, c’est les problèmes de radio-activités survenus à cause de l’extraction de l’uranium dans les années quarante et cinquante ( il y a encore des séquelles qui touchent non seulement la terre mais la communauté toute entière ). Les gens souffrent, ils ont des problèmes de santé. Et pusi c’est aussi les problèmes survenus avec la déculturation qui s’opère à travers de la télévision et de la mal-bouffe. Vivre dans une Réserve n’est absolument pas simple à l’heure d’aujourd’hui... Alors, il y a des gens qui disent : " Oui, des problèmes d’alcool surtout !" Je leur réponds "Non, il n’y a pas que des problèmes d’alcool". Leurs problèmes nous concernent également, comme ce qui sort de la grosse usine de Monsanto...
Par conséquent, comment nous positionner par rapport au message de ces peuples qui eux, ont toujours eu ( quand on lit le recueil "Pieds nus sur la terre sacrée" ) UNE VISION, ILS ONT SU INTERPRÉTER AVEC LEUR LANGAGE CE QU’IL SE PASSE AUJOURD’HUI. Et aujourd’hui, nous nous trouvons en face d’une réalité que les anciens avaient entrevue, et ils ont encore des messages aujourd’hui. Les messages d’aujourd’hui, c’est qu’il faut entamer des chemins dits de "guérison" à l’intérieur de nous-même, et que cela ne se fera pas au travers du combat que nous avons connu jusqu’à présent mais par une remise en cause complète de notre humanité et voir comment lâcher-prise sur l’être humain que nous essayons toujours de promouvoir à tire-larigot, et juste uniquement redevenir humain par rapport à cela...

Propos recueillis par Serge Mairet


à l'affiche

Navajo Songline

Ce film nous emmène à la croisée d’une double réalité : celle des chants, des rituels, et des paysages désertiques et sauvages, et celle de la face obscure faite d’une surexploitation des ressources, d’une lutte pour la reconnaissance et la survie.
Le projet se présente comme un road movie. Notre objectif est de vous faire découvrir de l’intérieur la pensée Navajo, le peuple de la terre, et comme le définit Pierre Rabhi, les derniers gardiens de l’humanité. Il s’inscrit dans la réalité navajo d’aujourd’hui.

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